La radiofréquence fractionnée avec micro-aiguilles (RFM) est une technique utilisée en médecine esthétique pour différentes indications cutanées. Il s’agit toutefois d’un acte potentiellement douloureux, ce qui rend nécessaire une anesthésie locale préalable afin d’assurer des conditions de réalisation acceptables pour le patient.
Cet article présente les données issues de la littérature, ainsi qu’un retour d’expérience clinique concernant l’anesthésie topique par crème EMLA® 5 % dans le cadre de la RFM.
La radiofréquence fractionnée avec micro-aiguilles
En médecine esthétique, les agents physiques sont de plus en plus utilisés comme alternative à la chirurgie, en raison de leur caractère moins invasif, de suites généralement plus simples et d’un nombre réduit de contre-indications.
La radiofréquence fractionnée avec micro-aiguilles est décrite comme efficace dans le traitement du relâchement cutané, des cicatrices, de l’acné inflammatoire, des vergetures, des rides, de l’hyperhidrose axillaire et de la cellulite. Elle peut être utilisée sur tous les phototypes, tout au long de l’année, sans éviction solaire ni éviction sociale.
La technique repose sur l’insertion de micro-aiguilles dans la peau, à des profondeurs variables, avec diffusion d’une énergie thermique pouvant atteindre jusqu’à 5 mm. Les nocicepteurs situés dans l’épiderme et le derme sont sollicités, ce qui explique la douleur associée au geste et la nécessité d’une anesthésie locale préalable.
Anesthésie topique par crème EMLA® 5 % : données de la littérature
Aucune étude spécifique sur l’anesthésie en RFM n’a été retrouvée dans la littérature. En revanche, plusieurs données sont disponibles concernant l’utilisation de la crème EMLA® 5 % :
Elle est indiquée pour l’anesthésie locale lors d’actes de chirurgie cutanée superficielle.
Sa formulation aqueuse facilite son absorption par l’épiderme.
L’efficacité anesthésique dépend du temps d’application : plus celui-ci est long, plus le seuil de la douleur est abaissé.
Une anesthésie efficace peut être obtenue jusqu’à 5 mm de profondeur, en lien avec la durée d’application.
Le résumé des caractéristiques du produit autorise une application sur 400 cm² pour une dose de 30 à 50 g.
Des durées d’application prolongées, jusqu’à 200 minutes sur 700 cm², sont décrites sans effet toxique.
La crème peut être appliquée par le patient à domicile.
Une application de deux heures peut procurer une anesthésie comparable à une infiltration de lidocaïne associée à l’épinéphrine pour des actes plus invasifs.
L’application doit être épaisse, uniforme et réalisée sous film occlusif pour une efficacité optimale.
L’effet anesthésique peut persister jusqu’à une heure, avec un seuil de douleur minimal durant les quinze premières minutes après retrait de la crème.
La pratique clinique en RFM
Lors d’une séance de RFM, deux éléments principaux sont susceptibles de provoquer une gêne ou une douleur :
la pénétration des micro-aiguilles à travers l’épiderme jusqu’au derme,
la sensation thermique liée au passage de la radiofréquence le long des aiguilles.
L’anesthésie topique par crème EMLA® 5 % est couramment utilisée au cabinet pour les actes impliquant des insertions d’aiguilles. Les quantités autorisées permettent l’anesthésie de zones étendues comme le visage, le cou ou le décolleté, sous réserve d’adapter la prise en charge lorsque les surfaces sont importantes.
En pratique, malgré une anesthésie conforme aux recommandations, certains patients tolèrent difficilement les actes de RFM.
Variabilité de l’efficacité anesthésique
L’efficacité de la crème EMLA® 5 % peut varier :
selon les individus, en raison d’une réceptivité différente aux anesthésiques locaux,
selon les zones traitées chez un même patient, certaines régions étant plus sensibles,
selon le contexte d’une séance à l’autre (fatigue, stress, période du cycle menstruel),
selon la qualité de l’application : durée, quantité, homogénéité, propreté de la peau.
Retour d’expérience clinique
Sur une période de douze mois, 63 anesthésies en vue d’actes de RFM ont été réalisées au cabinet. Sans constituer une étude formalisée, cette expérience a permis d’évaluer différents protocoles d’application de la crème EMLA® 5 % afin d’améliorer la tolérance des patients.
L’objectif était de permettre la réalisation de l’acte sans interruption liée à la douleur et d’obtenir une tolérance suffisante pour favoriser la poursuite des séances, la RFM nécessitant généralement plusieurs séances espacées dans le temps.
L’augmentation progressive des durées et des quantités d’application a permis d’améliorer le confort. Toutefois, certains protocoles impliquaient un temps de présence prolongé au cabinet, peu compatible avec l’organisation des soins.
Protocole retenu
Le protocole actuellement utilisé repose sur une application de la crème EMLA® 5 % par le patient à domicile, toutes les trente minutes pendant deux heures avant l’acte, en couche moyenne sur la zone à traiter, sans film occlusif. Cette modalité vise à faciliter l’application, tout en préservant la sécurité du patient.
Ce protocole permet de limiter les interruptions liées à la douleur et de réduire le temps de présence au cabinet à la durée de l’acte.
Solutions complémentaires
Dans certains cas, malgré une anesthésie correctement menée, une douleur persiste, notamment sur la zone médiane du visage et la région péribuccale. Des solutions complémentaires peuvent alors être utilisées :
des dispositifs de vibration, visant à moduler la perception sensorielle,
la cryothérapie par projection d’air froid, permettant une atténuation des sensations.
L’association de ces techniques contribue à augmenter le seuil de tolérance et à améliorer l’expérience des séances suivantes.
Conclusion
La radiofréquence fractionnée avec micro-aiguilles est un procédé efficace mais douloureux. Si la crème EMLA® 5 % est adaptée à l’anesthésie de cet acte, son efficacité peut être variable en pratique. L’adaptation des protocoles et le recours à des techniques complémentaires, lorsque cela est nécessaire, permettent d’améliorer le confort des patients et de réaliser les séances dans des conditions satisfaisantes.
D’autres modalités d’anesthésie pourront être envisagées à l’avenir, en fonction des données disponibles et de l’expérience clinique.




